FIMARC Rencontre Mondiale – Atyra Paraguay – Mars 2010

RESOLUTION FINALE

 

 

Les mouvements membres de la FIMARC, venant de 29 pays et reprŽsentant les ruraux, paysans et familles paysannes, se sont rŽunis ˆ Atyra, Paraguay du 10 au 25 mars 2010 en ce moment o un nombre grandissant de personnes souffrant de la faim a dŽpassŽ  le milliard dĠindividus et o nous faisons face aux dŽfis qui menacent le dŽveloppement et lĠagriculture dans un contexte de crises globales alimentaire, financire, climatique et humaine.  LĠassemblŽe mondiale a parlŽ dĠune seule voix pour faire une proposition politique Ç la DECROISSANCE È, en tant que rŽponse urgente ˆ tous ces problmes.

 

Les mouvements de la FIMARC veulent promouvoir un concept de vie digne.  CĠest le concept de dŽcroissance ou en dĠautres mots Ç moins cĠest plus È.  Tandis que la plante souffre des consŽquences de notre style de consommation, nous affirmons que le modle Žconomique actuel de dŽveloppement va vers sa fin.  Le changement climatique, les crises extrmes  de la faim, financire et humaine, les conflits sociaux grandissants et les catastrophes causŽes par nos faons de vivre montrent clairement cette tendance.

 

La plupart de la nourriture dans le monde est produite par plus dĠun milliard de petits paysans, de pastoralistes, dĠindignes et de pcheurs artisanaux.  Cette nourriture est principalement cultivŽe, transformŽe et vendue sur les marchŽs locaux.  Pourtant les lois qui gouvernent la nourriture et lĠalimentation ˆ tous les niveaux, local, national et international donnent la prioritŽ pour faciliter le commerce international et non pas le commerce local.  Cela rŽduit la diversitŽ et concentre la richesse des Žconomies alimentaires mondiales dans les mains dĠun nombre toujours plus petit de multinationales laissant sur le c™tŽ une grande majoritŽ de petits paysans, transformateurs, commerants locaux et les consommateurs, spŽcialement les plus pauvres et les mal nourris.

 

Tant que les institutions comme lĠOMC continueront de privilŽgier les intŽrts commerciaux au dŽtriment dĠune majoritŽ de personnes marginalisŽes et mal nourries, la faim continuera ˆ rŽgner dans le monde.  Les industries Žmergentes dans de nombreux pays demandent de plus en plus dĠŽnergie pour la production industrielle. Les Žnergies fossiles ne sont pas disponibles dĠune manire soutenable et les Žnergies renouvelables ne sont pas encore aussi dŽveloppŽes quĠelles devraient lĠtre. PrivilŽgier la production dĠŽnergie plut™t que la production alimentaire augmentera la compŽtition pour lĠaccs ˆ la terre et maintiendra les prix des produits alimentaires ˆ un niveau trs ŽlevŽ.

 

A cause des changements dans nos habitudes alimentaires, de plus en plus de terres arables et de forts vierges ont ŽtŽ transformŽes en p‰turage pour le bŽtail.  LĠagriculture industrielle et ˆ vocation dĠexportation qui a ŽtŽ promue par la rŽvolution verte a amenŽ ˆ des problmes environnementaux graves et le fait que les paysans ont ŽtŽ chassŽs de leurs terres font de lĠexode rural une rŽalitŽ. Les brevets sur les organismes vivants, les droits de propriŽtŽs intellectuelles et les OGM ont conduit ˆ la perte quasi totale des semences traditionnelles.  AujourdĠhui les paysans font face ˆ des cožts de plus en plus ŽlevŽs pour lĠachat de semences car les OGM nĠen permettent pas la conservation ou la reproduction pour dĠautres semis. Les OGM ne permettent pas lĠaccs des communautŽs rurales ˆ une nourriture traditionnelle qui est culturellement plus acceptable et prŽfŽrŽe par ces populations.  Les OGM menacent la biodiversitŽ et font courir de grands risques ˆ lĠenvironnement. Au cours des sicles, des millions de paysans ont amŽliorŽ la production de leurs semences et plantes en utilisant des pratiques dĠagriculture durable basŽes sur des matŽriaux locaux et renouvelables et qui ont participŽ ˆ la connaissance des savoirs traditionnels.

 

Le modle dominant actuel de production agricole nĠest plus capable de nourrir le monde. Pour lutter contre la faim nous devons augmenter la production de nourriture, mais il faut y arriver par les moyens naturels. LĠutilisation exagŽrŽe des ressources naturelles peut seulement tre ŽvitŽ par une production Žcologique qui utilise moins dĠŽnergies non-renouvelables, moins de machines et moins de produits chimiques. Depuis plusieurs annŽes, nombre de nos groupes utilisent cette forme dĠagriculture avec succs.

 

Le changement climatique va affecter la souverainetŽ alimentaire, les habitudes de vie et la possibilitŽ de nourrir 9 milliards de personnes dĠici ˆ 2050. En 2005, la concentration de dioxyde de carbone a dŽpassŽ pour la premire fois le taux naturel qui avait existŽ depuis 650.000 dĠannŽes.  Le changement climatique est accŽlŽrŽ par la hausse des tempŽratures, du niveau des mers et la fonte de la calotte glaciaire et des glaciers.  Cela aura dĠŽnormes consŽquences pour les pauvres du milieu rural et urbain qui sont des consommateurs directs des produits locaux. Nous avons besoin de quelque chose de radicalement diffŽrent pour nourrir la population grandissante du monde et pour nous adapter au changement climatique si nous voulons Žviter un crash social et  la mort de notre environnement. Nous demandons la justice climatique basŽe sur le fait que les pauvres ne doivent pas payer pour les modes de vie des riches.

 

LĠinvasion de puissantes corporations Žtrangres qui confisquent les terres agricoles au bŽnŽfice des intŽrts des industries dĠagro carburants, gŽnre lĠinstabilitŽ dans la cha”ne alimentaire et entra”ne lĠexpulsion des paysans de leurs propres terres. Des millions de personnes ont ŽtŽ dŽplacŽes par les guerres civiles ou pire encore par des catastrophes naturelles comme ce fut le cas il y a peu de temps en Ha•ti et au Chili.  Nous tenons ˆ exprimer notre solidaritŽ ˆ toutes les personnes affectŽes par ces dŽsastres.

 

La corruption et la soif de pouvoir sont les causes principales de la violation des droits humains, spŽcialement ceux des enfants, des femmes et des personnes ‰gŽes. Nous sommes tŽmoins de la montŽe en force des pauvres qui sĠorganisent pour dŽfendre leurs droits sociaux et humains en tentant de promouvoir un mode juste de dŽveloppement social. Nous observons aussi la criminalisation grandissante de ces mouvements sociaux.

 

Moins cĠest plus augmentera notre vie en dignitŽ et prŽservera la crŽation. LĠexploitation de la nature par le modle productiviste capitaliste a causŽ dĠŽnormes dommages ˆ la souverainetŽ alimentaire et a tentŽ de dŽtruire les aspects sociaux en utilisant les tres humains comme des moyens de production dans un seul but de profit. Dans ce contexte, nous affirmons que la dŽcroissance est lĠinstrument et le chemin pour tourner le dos au capitalisme nŽolibŽral agressif. Tous, nous devrions rŽflŽchir ˆ ce que sont nos besoins rŽels  et penser que si nous avons assez, nous ne devrions pas tre avides dĠavoir plus, ceci afin que les pauvres et les marginalisŽs puissent avoir une chance de voir la satisfaction de leurs besoins ŽlŽmentaires. Nous devons mener une rŽflexion intŽrieure, nous tourner vers Dieu, nous rŽfŽrer ˆ nos valeurs et ˆ notre culture pour identifier nos besoins rŽels et mettre des limites ˆ notre aviditŽ dĠavoir toujours plus. Seulement alors nous serons capables de partager et de vivre avec les autres et en harmonie sur cette terre.

 

Pour retourner aux racines, cĠest ˆ dire Çmoins cĠest plus È la FIMARC appelle ˆ

 

-        Construire un systme agricole et alimentaire alternatif basŽ sur la dŽcroissance en promouvant le droit ˆ lĠalimentation et la SouverainetŽ alimentaire.

-        Soutenir, renforcer et dŽvelopper les Žconomies solidaires dans les zones rurales et urbaines en crŽant des opportunitŽs dĠemplois

-        Changer nos manires de penser, dĠagir, dĠtre et de vivre

-        Promouvoir lĠagriculture familiale et la gestion soutenable des ressources naturelles qui maintiennent la bio diversitŽ

-        en place des mesures qui soutiennent pleinement les petits agriculteurs et producteurs, mesures basŽes sur une production alimentaire agro Žcologique et diversifiŽe, qui nĠaffecte pas lĠenvironnement, qui est saine, diversifiŽe et qui Žvitera  le rŽchauffement climatique de la plante. Ces pratiques qui priorisent lĠalimentation locale rŽduisent les dŽchets et les pertes de nourriture et ne crŽent pas les dommages causŽs par les systmes de production industriels.

-        RŽguler et contr™ler les politiques rŽgionales, nationales et internationales agricoles et de sŽcuritŽ alimentaire pour soutenir les agricultures locales et Žviter le dumping alimentaire.

-        Contr™ler et gŽrer les flux de capitaux Žtrangers et les investissements cachŽs des multinationales

-        Stopper les allocations de terre pour lĠagro business et les Žvictions de terre, de mme que de proposer des moratoires sur lĠaccaparement des terres

-        Exiger la prohibition de lĠextension des agro carburants et un moratoire sur les OGM

-        Cesser la criminalisation des mouvements sociaux

-        PrŽserver les cultures locales et lĠidentitŽ rurale par la promotion des savoirs et valeurs traditionnels des populations rurales, paysannes et indignes.

-        Obliger tous les pays ˆ ratifier le protocole de Kyoto, ˆ rŽduire leurs Žmissions de carbone et ˆ dŽvelopper et ˆ promouvoir les mŽcanismes dĠadaptation et de mitigation au changement climatique

-        PrŽserver lĠagriculture et la production alimentaire en les maintenant en dehors du marchŽ du carbone

-        Empcher la concession de brevets sur le vivant.

 

La FIMARC dŽnonce, condamne et rejette le modle nŽolibŽral de dŽveloppement et le dŽsinvestissement public dans les zones rurales et agricoles.  Un changement de paradigme basŽ sur un systme alternatif Žconomique en faveur des peuples est une nŽcessitŽ de cette re. LĠagriculture est la pierre dĠangle pour le dŽveloppement et ce sont les gens eux-mmes, et non pas les industries alimentaires et pŽtrolires, qui doivent pouvoir dŽcider de ce quĠils veulent consommer et produire en fonction de leurs besoins. 

 

Nous promouvons une agriculture qui vise ˆ la souverainetŽ alimentaire et au dŽveloppement durable, qui prenne en compte la responsabilitŽ humaine et environnementale.

 

Unis, nous continuerons ˆ nous mobiliser pour des actions qui amŽlioreront la qualitŽ de la vie en milieu rural dans toute sa diversitŽ ;

 

Nous encourageons lĠŽducation populaire participative de nos membres pour quĠils soient eux-mmes protagonistes de leur propre autonomie et quĠils puissent satisfaire ˆ leurs propres besoins. Cette Žducation basŽe sur les valeurs, les connaissances et la culture des populations doit tre appuyŽe par les pouvoirs publics.

 

Nous nous engageons ˆ la bonne gouvernance locale et globale au travers de mobilisations sociales.

 

Nous organiserons des formations et des dŽbats sur la dŽcroissance, moins cĠest plus, ˆ partir dĠexpŽriences existantes pour approfondir notre analyse et sensibiliser nos membres.

 

Nous renforcerons nos rŽseaux entre ruraux, urbains et pŽri urbains.

 

Nous sommes convaincus que seul le pouvoir des peuples organisŽs et la mobilisation peuvent permettre dĠatteindre les changements nŽcessaires et notre t‰che principale est de conscientiser, de dŽbattre, dĠorganiser et de mobiliser les peuples. La FIMARC est ouverte ˆ la collaboration avec tous les acteurs de la sociŽtŽ pour protŽger la nature et permettre ˆ toute  lĠhumanitŽ de vivre en accord avec la volontŽ de Dieu qui nous appelle ˆ tre co-crŽateurs.

 

 

Atyra, Paraguay

Mars 2010